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Pourtant, ils avaient compris...
"La France n'est pas le
Proche-Orient, un Juif Français n'est pas un soldat israélien, les banlieues
de notre pays ne sont pas la bande de Gaza".
Après les terribles évènements antisémites qui avaient frappé notre pays
pendant les années 2000-2003, les principaux responsables de la gauche
française, mais aussi de nombreux journalistes, avaient fait leur « coming
out », considérant qu'il leur fallait désormais traiter du conflit du
Proche-Orient avec prudence, équité et maîtrise du propos et des images pour
éviter les répercutions en France des excès de langage et des outrances non
contrôlées.
Durant ces dernières années, le Cercle Léon BLUM s'est mobilisé auprès des
responsables de la Gauche politique, syndicale et associative française. Il
leur a rappelé ces quelques évidences et les a incités à la mesure, à la
prudence et à l'éthique dans leurs engagements sur ce sujet si sensible et
passionnel parce que nous constations et déplorions qu'à chaque montée de
tension au Proche-Orient, notre pays était l'objet de tentatives de
transposition de ce conflit politique et territorial en confrontation
communautaire, voire en menaces de déstabilisation de notre pacte
républicain.
Pour certains, ces promesses de modération n'auront tenu que le temps d'une
parole donnée puisqu'une nouvelle fois, la crise entre Israël et le Hamas a
été insidieusement utilisée par les manipulateurs professionnels pour tenter
de mettre à mal le fragile équilibre de notre vivre ensemble qui, en France,
a permis une intégration globalement réussie. Aujourd'hui, comme hier, il
nous faut inviter les dirigeants à prendre leurs responsabilités pour qu'ils
évitent que cette crise internationale se nationalise et se transforme en
fracture républicaine, au risque de dégénérer sérieusement. Il convient que
chacun, à son niveau d'engagement, retrouve la raison et les motivations qui
ont fait que nous nous sommes engagés au sein des mouvements composant la
gauche Française.
Il faut d'abord rappeler que le conflit du Proche-Orient, s'il est politique,
territorial et historique, est ressenti, en France, bien plus que n'importe
quel autre conflit, de manière passionnelle, ce qui ne doit pas nous empêcher
de l'analyser avec pertinence et équilibre. Bien sûr qu'en tant que militants
de gauche nous sommes intellectuellement engagés dans un mouvement général
pour la paix dans le Monde, mais cela ne nous oblige pas à être des
pacifistes bornés. Les marches contre la guerre sont éminemment sympathiques
mais elles n'ont jamais fait reculer les dictateurs ou les oppresseurs. Les
populations qui ont sincèrement été soulagées après les accords de Munich de
1938, parce que les démocraties avaient évité la guerre « à tout prix », sont
celles-là mêmes qui ont porté, six années durant, le poids de la souffrance,
des privations et du deuil parce que « les autres ne jouaient pas le jeu avec
les mêmes règles ». François MITTERRAND l'avait bien compris lui qui déclara,
lors de son fameux discours de Berlin, "les pacifistes sont à l'Ouest
quand les missiles sont à l'Est". Où est-il écrit, dans le bréviaire
sacré de la gauche, que la politique oblige à la faiblesse ou la naïveté ?
Pour être encore plus clair, nous en avons assez de ces donneurs de leçon de
salon de la LCR ou de LO qui, de Paris à Marseille, professionnels du défilé
tout azimut, scandent leurs slogans haineux alors que leur idéal politique,
quand par malheur il a été mis en oeuvre, n'a apporté que dictature, torture
et oppression, n'est-ce pas Messieurs CHAVEZ, CASTRO, CHE GUEVARA ou
MAO-TSE-TOUNG ?
Être de gauche, c'est être fidèle à des valeurs! Au-delà des rodomontades
souvent émotionnelles, il serait bon que ceux qui se veulent les humanistes
de la politique essaient d'analyser avec lucidité les causes et les
protagonistes d'un conflit. Doit-on évaluer d'égale façon ceux qui portent
des valeurs démocratiques et ceux qui s'inscrivent dans un fanatisme
intégriste ? Un militant de gauche peut-il considérer à égalité celui qui
porte et défend la liberté de la presse, l'égalité des femmes et des hommes,
la liberté d'opinion, l'indépendance de la justice, la primauté du droit,
l'absence de peine de mort et celui qui revendique, pour lui (c'est son
droit) mais aussi pour les autres, le rejet de la démocratie, prône la haine,
la charia et le fanatisme ?
Nous ne sommes pas dupes. Dans les récents défilés de soutien au Hamas, des
alliances contre nature se sont édifiées: qu'y a-t-il de commun entre un
militant laïc d'association de Droits de l'Homme et les activistes islamistes
qui défilent aux sons des cris religieux que l'on connaît? Quelle
identification politique peut exister entre les membres de groupes gauchistes
de BESANCENOT, LAGUILLER ou de MELENCHON et les fanatiques qui scandent leur
haine de la République et de la démocratie? Tous ont défilé, au-delà de leurs
différences, pour le soutien « aux peuples opprimés et en solidarité avec les
centaines de victimes civiles de ce conflit » nous rétorque-t-on ! Soit, et
c'est tout à fait respectable, mais si l'émotion est leur ciment, où et quand
défilaient-ils lors des conflits qui ont touché tant de civils tels que ceux
du Darfour (400 000 morts), de la Tchétchénie (300 000 morts), de
l'Afghanistan (100 000 morts) ou de la Bosnie (25 000 morts), conflits qui
ont en commun que pratiquement toutes les victimes sont de confession
musulmane... Pourrait-on imaginer que cette émotion ne soit que sélective et
ne pourrait s'exprimer pleinement que lorsque les peuples identifiés par ces
manifestants comme étant LES victimes auraient comme adversaire Israël ? Bien
évidemment la réponse est incluse dans la question. Et puis, ne boudons pas
notre plaisir, si cela permet de scander des termes aussi sensibles que
Shoah, génocide et holocauste pour qualifier Israël, et les juifs par
extension, on ne va pas se priver d'un tel bonheur. Ainsi fabrique-t-on un
opportun cocktail explosif qui, comble de joie, pourrait terminer sa course
sur une synagogue ou dans une école juive à Paris, à Saint-Denis ou à
Toulouse. Telle est la collusion islamisto-gauchiste et antisémite dont
DIEUDONNE est un des parrains, celle qui construit la passerelle lancée vers
l'extrême-droite de LE PEN et FAURISSON telle qu'elle s'est récemment
manifestée au Zénith de Paris. La boucle est bouclée.
Heureusement, il existe encore des démocrates qui combattent et combattront
cette dérive. Cependant, eux aussi doivent veiller aux slogans tout faits,
simplificateurs, forcément caricaturaux et sans aucun doute dangereux.
Parler, comme l'ont fait deux éminentes responsables du Parti Socialiste, de
Gaza comme d'une « prison à ciel ouvert » ou comprendre "qu'un peuple
qui n'a plus rien pour vivre, qui ne peut plus sortir de chez lui, qui ne
travaille plus, puisse devenir enragé..." revient, indirectement, à
expliquer les motivations du terrorisme, donc à le justifier. Or, le
terrorisme ne se comprend pas, il se combat. Nous reconnaissons que le PS a
évité le piège que certains voulaient lui tendre en ne se joignant pas aux
manifestations « incontrôlées » qui ont rapidement dégénéré en rassemblements
violents qui ont souvent dérapé en rassemblements antisémites. Mais d'autres,
à gauche, n'ont pas eu la même prudence élémentaire ce qui nous interpelle
sur la nature des alliances politiques car, comment construire un partenariat
de gouvernement avec des formations et des dirigeants qui bégayent sur les
principes démocratiques ?
Ce constat désolant ne nous empêche pas d'être lucides. Nous connaissons les
faits et les vivons comme n'importe quel observateur. Disons le franchement:
oui, il arrive à Israël de commettre des erreurs, des excès, voire des
fautes. Oui, à l'occasion de la guerre entre Israël et le Hamas, il y a eu
des morts et des drames humains. Oui, tout conflit entraîne d'innombrables
souffrances à des civils, qui ne peuvent nous laisser indifférents. Oui, ces
images sont dures à supporter pour notre confort quotidien. Mais c'est une
guerre ! Peut-on avoir la lucidité, y compris à gauche, de comprendre que la
guerre propre, sans mort, ne relève que des jeux vidéo ? Ces images nous
imposent de réfléchir à la manière d'agir afin décourager ceux dont l'action
vise à l'aggraver, et au contraire de tenter de contribuer à sa résolution.
La meilleure façon d'éviter ces morts n'est-elle pas de combattre les
ferments de la guerre en ne soutenant ni directement, indirectement,
subtilement, insidieusement ou politiquement les dirigeants de mouvements
extrémistes et ceux qui les soutiennent financièrement ou militairement ?
Evitons donc toute parole et toute attitude qui puissent être interprétées
comme un support à leur stratégie, comme ce fut le cas à l'occasion de
l'incroyable manipulation de l'information commise par la rédaction de France
2 qui, condamnée par le CSA, a dû s'excuser. Mais le mal était fait. Et
puisque l'on évoque les principes, serait-il outrancier de demander aux
décideurs de ce pays, voire de ce monde, de cesser une bonne fois pour toute
ces amalgames immondes assimilant Israël et les juifs aux nazis, Gaza à Auschwitz
et la misère des Palestiniens à la Shoah ? Finalement, on ne demande qu'une
chose: un peu de décence !
Nous pouvons, sans crainte, débattre avec nos amis de gauche pour tenter de
construire un dialogue sur ce conflit qui déstabilise le monde. Nous sommes
prêts à mener des campagnes de propagande qui n'auraient d'intérêt que si
elles portent sur les voies d'une solution pacifique. En effet, notre
position est claire: 2 états viables sur 2 territoires indépendants, la
reconnaissance mutuelle, la fin absolue du terrorisme, l'utilisation des
fabuleuses ressources humaines et énergétiques pour servir le développement
des populations, des accords économiques pour permettre les échanges.Au
minimum, pourrions-nous nous accorder pour tout faire afin d'éviter que ces
tensions ne se répercutent en France, ce qui est encore de notre
responsabilité. Une nouvelle fois, nous en appelons aux vrais démocrates, à
la vraie gauche, à celle qui a le sens de la responsabilité, à ses élus qui
comprennent, qu'au-delà de la sociologie de leurs circonscriptions, chaque
mot prononcé peut être soit une pierre destinée à construire un édifice de
paix, soit un projectile qui sera lancé contre un enfant ou un vieillard
portant une kippa, dans tous les cas un de nos compatriotes. Nous en appelons
tout simplement à la pacification et à la lucidité des esprits
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