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François Hollande est premier secrétaire du parti socialiste.
François HOLLANDE Mesdames, Messieurs, chers amis, tous, Je suis effectivement heureux d’être ici. Je remercie Serge Blisko pour son accueil à la Mairie du 13ème arrondissement. Je suis également heureux de saluer l’initiative du Cercle Léon Blum et de Laurent Azoulay. Je pense qu’il est effectivement utile et nécessaire de mener le débat au sein de la gauche française, et au-delà, sur des phénomènes gênants, des dérives blessantes qui ont portée atteinte ces dernières années à notre République. Il faut également mener ce débat sur les valeurs communes qui doivent nous réunir et fonder une démarche commune à toute la Gauche. Il faut mener le combat contre le racisme et l’antisémitisme sous toutes ses formes, les plus évidentes, c’est-à-dire les plus violentes, mais aussi les plus discrètes, c’est-à-dire les plus sournoises. Je veux seulement relever trois faits incontestables, qui justifient aujourd’hui ma présence. Le premier fait incontestable, c’est la montée, ces dernières années, de l’antisémitisme en France. Celui de l’extrême droite, qui a des racines, dans le pays des thèses de Drumond et des lois de Vichy. S’y est ajouté le fanatisme religieux, l’anti-judaïsme camouflé dans l’anti-sionisme. Il a pris des formes brutales, violentes et agressives, mais aussi des formes plus intellectuelles, plus politiques et plus sociales. La volonté a été de transposer le conflit du Proche Orient au cœur même de la République. Le résultat est là : résurgence d’actes et de propos antisémites, violences, agressions contre des personnes, des lieux de culte et des écoles. Cet antisémitisme a progressé, dans un contexte où le racisme s’est aussi développé. Le second fait incontestable, c’est que la gauche et le Parti Socialiste n’ont pas pris toute la mesure de ce phénomène. Identifiant l’anti-sémitisme à la seule extrême droite, la gauche a répugné à qualifier d’antisémites des faits au prétexte que leurs auteurs venaient des quartiers les plus pauvres de nos villes. Recherchant l’apaisement, pensant, sans doute, que la mémoire de la Shoah rendait impossible cette résurgence, la gauche a sous-estimé le nombre d’actes et de faits relevés, réduisant ainsi leur gravité. Parce qu’ils se situaient dans la gauche, dans l’extrême gauche ou dans le combat social, la gauche n’a pas dénoncé non plus avec suffisamment de vigueur le comportement de groupes et de personnalités, qui donnaient des excuses, et parfois même des tribunes, à ceux qui veulent établir le lien entre le conflit au Proche Orient et les débats au sein de la République. Je le dis ici, et je le dis fermement, gravement : ce temps-là est terminé. Oui ! Il y a une résurgence de l’antisémitisme. Oui ! L’antisémitisme doit être combattu avec force. Oui ! Les instigateurs et les auteurs de ces actes n’ont aucune justification. Oui ! Toute indulgence, toute absence, tout silence serait une faute. Oui ! Il faut une réponse à la hauteur de l’enjeu. Le troisième fait incontestables, c’est que la réponse se situe dans l’affirmation vigoureuse des principes de la République. La République, c’est la liberté de conscience, la liberté de croire à la religion de son choix et de pratiquer comme on l’entend dans son espace privé. La République, c’est l’égalité des droits et des devoirs, l’égalité pour affirmer ses convictions, à condition de respecter les autres. La République, c’est la responsabilité individuelle. Chacun doit assumer ses actes et être puni lorsque ceux-ci ne correspondent pas aux valeurs communes. La République, c’est aussi une conception sociale. Pour nous, une menace se profile à chaque fois qu’il y a une discrimination, une misère, une ségrégation, un ghetto. Notre travail de républicains n’est pas achevé lorsque nous laissons, au cœur même de nos villes, des individus perdre leurs repères. La République, c’est la laïcité, tant dans l’école, qui est son creuset, que dans toute la société. C’est pourquoi le Parti Socialiste a récemment proposé une charte de la laïcité. Cet acte marquerait l’ensemble des droits, des devoirs et des engagements dans l’ensemble de l’espace public et permettrait d’établir les références qu’il n’est pas possible de transgresser. Le menace que nous distinguons bien derrière cette résurgence de l’antisémitisme, c’est la confusion entre le politique et le religieux. C’est le fait que certains fassent de la politique avec leur religion, transforment des militants en croyants et des croyants en militants, confondant les espaces privés et religieux avec les espaces publics politiques. C’est pourquoi la République est la réponse. Elle ne peut pas avoir pour seul interlocuteur les communautés. La communauté est normale, souhaitable et nécessaire, mais elle n’a pas à dicter les comportements et les usages sociaux. Elle ne doit pas non plus être utilisée pour maintenir l’ordre, ou comme acteur justifiant le maintien de l’ordre. Il faut clarifier la situation et rappeler les séparations. A cet égard, lorsque l’on entend le ministre de l’Intérieur évoquer la possibilité de nommer des fonctionnaires au titre de leur religion, je dis qu’il y a également là une grave confusion au regard des principes de la République. Le libéralisme anglo-saxon peut avoir ses références et ses valeurs. Ce n’est pas notre modèle. Notre modèle est celui de la République et de la laïcité. Notre rôle, en tout cas le mien en tant que Premier Secrétaire du parti Socialiste, est de dire le modèle que nous voulons pour notre société. Il ne peut pas être celui de l’individualisme, du communautarisme ou de l’éclatement, même si je ne mets pas en cause la conviction de ceux qui tiennent à ce modèle. Je pense qu’ils sont les défenseurs de principes qui sont aussi les nôtres, qu’ils sont convaincus de lutter contre le racisme et contre l’antisémitisme. Reste que leur méthode est différente. La nôtre, c’est la République. Je ne dérogerais pas sur ce point. Tout le monde doit y avoir sa place, mais en tant que citoyen et pas en tant que membre d’une communauté religieuse. Voilà ce qui fonde nos principes du respect et de la citoyenneté. Face à l’intolérance, c’est la loi et la République qui protègent. Je voulais rappeler ces trois faits incontestables devant vous : dire que l’antisémitisme est encore et toujours présent, qu’il nous menace, peut-être plus que jamais ; dire également que la gauche en a terminé avec cette période de prudence et de doutes sur les mots, qu’elle doit être claire, implacable et combative ; dire enfin que la République est la seule réponse à la question qui nous est aujourd’hui posée. Voilà pourquoi le Cercle Léon Blum a pris une bonne initiative. Le parti de Léon Blum continuera, par ses débats et par ses combats, à être exemplaire pour une république au service de tous.
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