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Agenda / Evènements   >  Colloque du dimanche 23 novembre 2003   >  Texte   >  Synthèse des tables rondes
 

Nicole Bricq est membre du bureau du Cercle Léon Blum.

 

Nicole BRICQ

Je partirais de l’intervention de François Hollande. Ce débat était évidemment nécessaire et utile. Nécessaire parce qu’il nous permet de clarifier les idées. Utile, parce qu’il sert au réarmement de la gauche. Sur ce terrain, elle en avait bien besoin. Il est toujours possible de déplorer un certain retard, mais je préfère me contenter du fait que cette initiative ait lieu maintenant.

La clarification sur ce qu’est l’antisémitisme aujourd’hui porte sur un nouvel antisémitisme, qui s’opposerait à celui des années 30 et 40. Nous avons aujourd’hui reconnu la continuité de l’antisémitisme en France. Laurent Azoulai, Jean-Paul Huchon et Jean-Christophe Cambadélis se sont accordés sur ce point. Sur cette question, je souhaite vous soumettre deux citations. Il a été fait référence au remarquable article d’Ulrich Beck dans Le Monde. Il y dit qu’« il faut parler d’un nouveau chapitre de l’histoire de l’antisémitisme en Europe. » Je citerais également Bernard-Henri Lévy, qui plaidait dans Le Figaro pour une « vigilance à tout ce qui dans cette grammaire de la haine se recycle ».

Deuxième clarification, la permanence et la récurrence d’un antisémitisme historique au sein de la gauche ont été admises cet après-midi. Cette reconnaissance était importante.

Troisième clarification, il est dit formellement par toutes les formations de la gauche démocratique ici représentées que l’anti-sionisme est synonyme d’antisémitisme. Bernard Kouchner, Pierre Moscovici et Alain Finkielkraut ont attiré notre attention sur l’implication du débat sur Israël dans notre débat franco-français. J’aimerais également citer ici un article d’Ilan Greisalmer dans Libération le 24 septembre, qui déclarait que « lorsque l’on cherche à impliquer Israël dans le combat contre la mondialisation, lorsqu’on laisse sous-entendre qu’Israël a quelque chose à voir avec les multinationales et l’oppression des pays pauvres par les pays riches, c’est de l’antisémitisme ».

Ce nouveau visage de l’antisémitisme, partagé semble-t-il par certains courants de l’alter-mondialisme, est d’autant plus implacable, comme Alain Finkielkraut nous l’a rappelé, qu’il est antiraciste, humanitaire et qu’il se réunit sous la bannière de la fraternité. La gauche doit donc être très ferme et exiger une clarification de la part de l’alter-mondialisme. Je remercie Julien Dray et certains autres d’avoir signé un article sur la venue au FSE de Tarik Ramadan. Il a fait œuvre utile, comme les propos de François Hollande l’ont confirmé.

Nous ne devons jamais oublier que la critique d’Israël se mue aujourd’hui en une critique des juifs, perçus comme des étrangers. Il faut que la gauche démocratique comprenne bien que l’antisémitisme traditionnel, en prenant Israël pour unique cible, accède à une certaine forme de légitimité.

Nous avons aujourd’hui été interpellé sur le rôle que le Cercle Léon Blum pourrait avoir dans l’activation du processus de Genève. Nous allons devoir en débattre.

En ce qui concerne les réponses politiques, il nous faut revenir sur le terrain de la laïcité et de la République. Entre la condamnation sans appel du communautarisme de Malek Boutih et l’interrogation portée par Alain Finkielkraut, nous voyons bien qu’il y a là un travail à mener. Une idée forte fait toutefois l’unanimité : il est anormal qu’une chaîne publique offre une tribune à Tarik Ramadan et fasse de lui le leader des musulmans de France. De la même manière, lorsque les problèmes sociaux des cités sont sous-traités aux responsables religieux à la place de responsables associatifs, la République a un problème. J’ai donc apprécié l’intervention de Nicole Geneix, qui nous rappelait que l’école, matrice de la République, doit être soutenue. Lorsque des enseignants attaquent le mal à sa racine et ont besoin de soutien dans leur lutte, je m’inscris totalement dans cette démarche.

Je conclurais en remerciant François Zimeray. Il a eu raison d’attirer notre attention sur la complexité de ce débat et de nous mettre en garde contre les idées trop simples.

Nous avons donc du travail, mais nous avons aujourd’hui commencé cette réflexion et nous entendons perpétuer ce combat. Nous vous remercions de votre participation.