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Le Liban, oasis de liberté ? Durant ce conflit, les chancelleries mondiales, fortement relayées par les grands médias internationaux, ont porté comme étendard la seule inquiétude qui méritait une réaction politique internationale: il fallait éviter au Liban de payer le prix auquel voulait le contraindre cet insupportable voisin qu'est Israël. Pour cela, rien n'a été omis :
Une guerre qui ferait des morts ? Le conflit du Sud Liban a permis au monde civilisé de découvrir qu'une guerre pouvait faire des morts !!! Fini le mythe de la guerre propre, de la guerre à 0 mort. Les opinions ont subitement réalisé que la vraie guerre n'était pas ce jeu vidéo que les images verdoyantes de la guerre du golfe avait semblé officialiser, celui où l'on peut se permettre de gagner une bataille avec bonne conscience puisque la mort n'y apparaît que virtuelle. Au risque de paraître cynique, ou plutôt tristement réaliste, la guerre c'est la mort, celle de ses ennemis forcément diabolisés mais aussi celle de ses proches. La guerre ne va pas sans son cortège de misère, de haine, de malheur et de destruction. Il y a eu de nombreux civils tués dans les deux camps. C'est un drame … qui l'est un petit peu moins quand certains de ces « civils » sont, en fait, des combattants camouflés sous des habits de rue, courageusement abrités au milieu de populations innocentes. Il aura fallu ce terrible conflit pour que les bonnes âmes, toujours en quête d'émotion et de moralisation, se rappellent cette évidence. Il aurait été plus judicieux qu'elles se mobilisent, en amont, auprès de ceux qui portent la vraie responsabilité de ce déchaînement de haine. Au moins leur indignation aurait été bénéfique. La force d'interposition de l'ONU ? La résolution 1701 du Conseil de Sécurité prévoit, notamment, la mise en place d'une force de 15 000 casques bleus de l'ONU pour assurer une rôle tampon à la frontière israélo-libanaise et veiller au retour de l'armée libanaise dans un territoire qu'elle n'aurait jamais dû quitter. Cette disposition est nécessaire pour garantir, grâce à l'engagement des Nations Unies, un retour à la légitimité étatique dans cette région. Pour autant, il ne faut pas oublier que, depuis de nombreuses années, 2 000 hommes de la FINUL étaient positionnés dans ce même secteur, ce qui n'a pas empêché le Hezbollah de coloniser cette partie sud du Liban. Comment peut-on expliquer que les soldats de l'ONU n'ont pu ou voulu empêcher le creusement de dizaines de kilomètres de tunnels souterrains, de centaines de bunkers où étaient entreposées les armes, d'abris où se cachaient les terroristes après leurs attentats ? Il est vrai qu'ils n'étaient que des « observateurs » de l'ONU et non des « empêcheurs ». Espérons que le mandat lié à cette nouvelle résolution et que leur nombre significatif permettront de tirer les enseignements de l'échec de leur précédente mission. Peut-être seront–ils enfin de véritables soldats de la paix ? Une réaction disproportionnée ? Ce fût le mot à la mode en ce début de conflit. La réponse israélienne aux tirs quotidiens de roquettes sur ses populations civiles et au rapt de soldats sur son territoire par le Hezbollah aurait été disproportionnée. En premier lieu, cette appréciation est, pour le moins, surprenante lorsqu'elle émane de nos dirigeants gouvernementaux ou politiques français car elle laisse supposer que si des Français venaient à subir les même menaces vitales pour leur intégrité personnelle que celle des populations civiles israéliennes, nos hommes d'état, garants de notre sécurité, auraient alors une réaction … modérée. Inquiétant ! Mais n'est-il pas étonnant de constater l'amnésie cyclique de certains de nos responsables ? Ont-ils déjà oublié quelle fut la réaction du Président François MITTERRAND lorsque des terroristes firent exploser l'immeuble « le DRAKKAR» en 1983, QG de l'armée française à Beyrouth, causant la mort de 53 de nos soldats. Il lança l'aviation française dans une série de bombardements intensifs de la plaine de la Bequaa au Liban, repère de ce qui était déjà un des fiefs du terrorisme proche-oriental ? Ont-ils oublié que, plus récemment, en Côte d'Ivoire l'armée française, sous l'autorité du Ministre de la Défense Michèle ALLIOT MARIE et Président de la République, a tiré dans la foule des manifestants faisant de nombreux morts « civils », parce que des Français étaient menacés? Une démocratie qui défend ses concitoyens ne fait que remplir son devoir d'état. Mais soyons pragmatiques et prenons un exemple concret, heureusement virtuel. Imaginons que le mouvement terroriste basque ETA occupe la partie nord de l'Espagne où ses gouvernants auraient renoncé à exercer leur souveraineté. Supposons que les militants de l'ETA tirent chaque jour des centaines de roquettes et missiles, pendant des mois, sur le sud-ouest de la France dans un triangle Biarritz – Bordeaux – Montpellier. Figurons nous que ces tirs aient causé la mort de plusieurs centaines de Français, la destruction de milliers de maisons et l'incendie de milliers d'hectares de forêts plantées dans ce qui fût auparavant un désert. Quelle aurait été la réaction du gouvernement français et de son armée face à des groupes armés qui auraient profité de la démission du pouvoir espagnol ? Disproportion vous dites ??? Mais puisqu'il faut parler de disproportion, ne pourrait-on évoquer le traitement disproportionné de l'information. A-t-on montré de façon équivalente à celles du sud Liban, les populations civiles du Nord d'Israël qui ont vécu dans des abris pendant plusieurs semaines? A-t-on montré les dizaines de milliers de citoyens obligés de quitter leurs foyers pour se réfugier dans le sud du pays, ne vivant que grâce à la solidarité de leurs compatriotes ? A-t-on vu la Croix Rouge envoyer des colis de soutien, des vivres ou des jouets aux enfants qui ont passé des dizaines de nuits dans des gymnases, parkings ou sous des tentes ? Oublie-t-on qu'un des soldat israélien enlevé a également la nationalité française, ce qui crée un devoir d'intervention de la France ? De quelle disproportion parle-t-on ? Un gouvernement français dépassé ? La gestion de cette crise, par la diplomatie française, a une nouvelle fois donné le tournis à ceux qui ont tenté de comprendre qu'elle était la voix de la France. D'emblée, le Président CHIRAC, dont on connaît l'attachement personnel pour le Liban, a affirmé un certain nombre de principes qui pouvaient rassembler les observateurs les plus avisés : cessation immédiate des hostilités, application de la résolution 1559 de l'ONU qui prévoyait le désarmement du Hezbollah et le retour de l'intégrité territoriale du Liban, affirmation de la responsabilité de l'Iran et de la Syrie, supports du Hezbollah, dans le déclanchement de la crise. Mais au moment où la France, en liaison avec les Etats-Unis, tentait de trouver une solution pour sortir de cette crise, l'ineffable DOUSTE-BLAZY, en charge du Quai d'Orsay, venait nous apprendre, sans rire, que l'Iran était subitement devenu « un pôle de stabilité au Proche-Orient ». Alors qu'un bras de fer oppose actuellement les dirigeants des nations démocratiques à ceux de l'Iran au sujet de la possible accession au nucléaire militaire par les Iraniens, notre diplomate en chef attribue aux fanatiques dirigeants iraniens un diplôme de respectabilité qu'ils ne revendiquaient même pas ! Pitoyable. Quant à l'ineffable SARKOZY, toujours en quête d'images pour son futur album de la campagne des présidentielles 2007, le voilà qui invite généreusement des dizaines ou centaines de petits Libanais, traumatisés par le conflit en cours, à passer des vacances en France, aux frais des contribuables du département des Hauts-de-Seine qu'il préside. L'équilibre auquel il se dit tant attaché, et la vraie générosité, n'auraient-ils consisté à inviter parallèlement des petits Israéliens du nord du pays, victimes du même conflit, et les associer aux petits Libanais pour leur apprendre à se côtoyer dans un pays en paix ? Les non choix d'une gauche frileuse ? Depuis de nombreuses années, la gauche de gouvernement et, en son sein, plus particulièrement le Parti Socialiste, se refuse à lancer un vrai débat sur le conflit du Proche-Orient, de peur de déchaîner des réactions incontrôlables et de ne plus maîtriser un débat où le passionnel risquerait de l'emporter sur l'analyse politique. Pour autant, chaque crise, dans le conflit israélo-arabe, génère à l'intérieur du PS, son cortège de prises de position antagonistes, confinant à la cacophonie, émanant des soutiens de chacune des parties en l'absence d'une position de principe nette et éthiquement indiscutable. Pourtant, l'engagement militant dans la gauche démocratique et humaniste devrait supposer qu'un certain nombre de principes fondamentaux rassemblent ceux qui combattent pour un monde plus juste. Là encore, il suffit de poser de vraies questions :
Pour être encore plus concret, Camarade, pour tes prochaines vacances en famille, si tu devais choisir entre Tel-Aviv, Damas, Bagdad, Téhéran ou Islamabad, où irais-tu ? Ce dramatique conflit, aux morts une fois de plus inutiles, pourrait au moins nous servir à tirer des enseignements pour ce qui concerne nos propres valeurs. Depuis de trop nombreuses années, nous évoluons dans la confusion parce que nous avons perdu le sens des valeurs fondatrices de notre culture, perdu le goût du débat, mis de côtés notre capacité d'indignation, refusé la responsabilité de nous engager pour des causes nobles et délégué à « d'autres » la gestion de ce qui touche aux affaires internationales et françaises. Nous abordons une rentrée 2006 qui va déboucher politiquement sur l'élection présidentielle. Nous allons entrer dans la période des grandes résolutions et des engagements individuels ou collectifs. Que le drame dont nous venons d'être les témoins nous serve au moins à prendre conscience que la seule façon d'aborder positivement notre avenir et celui de nos enfants, est de rester fidèles aux valeurs nobles et humanistes de notre histoire. Pour cela, il faut nous engager à ne laisser aucune place, ni faire la moindre concession intellectuelle aux ennemis de la Liberté. Faisons ce serment. Laurent Azoulai (pour tout contact laurent.azoulai @ wanadoo.fr ) Président de la Communauté de l'agglomération de Rouen |