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à mes amis socialistes
![]() Ambassadeur de l'état d'Israël en France jusqu'en septembre 2005, vous avez réussi à reconstruire des relations franco-israéliennes rudement mises à mal ces dernières années. Quels enseignements tirez-vous de votre mission à Paris ? Le fait le plus important de ma mission était de renouer un dialogue ouvert entre la France et Israël. Trop longtemps ce fut un dialogue de sourd et d'incompréhension. En trois ans, on a réussi à rétablir la confiance au nom de nos intérêts communs. Mais l'amélioration des relations franco-israéliennes reste fragile, c'est comme une plante qui vient de germer qui doit s'enraciner. Il faut protéger ses racines des rongeurs, du blizzard et du sirocco. Durant votre mandat à Paris, vous avez été témoin d'une importante vague de violence à l'encontre de la communauté juive française. Comment avez-vous perçu la réaction des pouvoirs publics français? Pendant une certaine période, ce fut de l'indifférence parce que le gouvernement français n'avait pas perçu la gravité du problème ou a voulu minorer la situation. L'antisémitisme en France fut longtemps lié à l'extrême droite. Pourtant, de nouvelles sources sont apparues : celles liées à la frange radicale d'une partie de la communauté musulmane qui a voulu importer en France le conflit israélo-palestinien, l'autre source étant celle de l'extrême gauche qui a remis en question la légitimité d'Israël comme état juif. Ces trois causes cumulées ont créé cette résurgence de l'antisémitisme en France en un phénomène d'une ampleur sans précédent. Heureusement, il y a eu une prise de conscience que l'antisémitisme n'était pas seulement le problème des juifs mais de la société française dans son ensemble parce que ce sont les valeurs de la société française qui étaient touchées. Quand s'est manifestée la volonté des pouvoirs publics de lutter contre cette recrudescence, les résultats ont été satisfaisants. Les partis politiques, les autorités publiques, les médias dans leur ensemble ont bien réagi mais la société française est restée indifférente car elle a accepté l'idée qu'il ne s'agissait que d'un problème entre juifs et arabes. C'est préoccupant. Avant d'être ambassadeur à Paris, vous avez été pendant six ans le premier responsable du Parti travailliste israélien, et à ce titre vous avez côtoyé les socialistes français. Comment expliquez-vous l'affaiblissement des relations historiques qui liaient le PS français et le Parti travailliste israélien ? Franchement, ce fut mon échec comme ambassadeur en France de n'avoir pas réussi à faire venir une délégation officielle du PS en Israël. Je le dis comme ami et comme socialiste mais aussi parce que j'ai beaucoup d'estime pour le PS. La réticence du début de mon mandat était liée au fait que le PS était imprégné d'un sentiment que la société israélienne devait être accusée. Israël devait être responsable de ce qui se passait dans la région Il y a eu une tendance à accepter les positions de l'extrême gauche. Il n'y avait pas la compréhension que la société israélienne, avec ses défauts, se protégeait contre le terrorisme aveugle. Ce qui a contribué à la prudence et au manque de volonté d'une partie des socialistes français à visiter Israël. Puis, progressivement, il y a eu une prise de conscience qu'Israël n'était pas le seul responsable de cette situation. Malheureusement les circonstances internes au PS (référendum interne et débats du congrès) n'ont pas permis d'organiser cette visite malgré la volonté de François HOLLANDE et de Pierre MOSCOVICI. Ce fut une grande déception. Depuis 8 ans, aucune délégation officielle du PS ne s'est rendue en Israël pour mieux comprendre la réalité israélienne. Quand je me rappelle les relations étroites qui unissaient les dirigeants de nos deux partis pendant des décennies, je déplore de n'avoir pas convaincu les socialistes français. Cette situation est impensable pour des partis frères. J'espère qu'après le congrès, une visite sera organisée pour renouer ces liens historiques. Le Cercle Léon BLUM s'est constitué en 2003 pour lutter contre la recrudescence d'un nouvel antisémitisme/antisionisme provenant d'une prétendue gauche radicale, altermondialiste. Comment avez-vous compris l'action du CLB ? La société française n'accepte pas les extrêmes. Elle les repousse. Un parti de gauche doit s'adapter aux réalités et savoir faire face aux évolutions. Beaucoup de leaders ont compris et soutenu la position du CLB parce qu'ils ont refusé la pénétration des idées d'extrême gauche au sein du PS. Le CLB a été un révélateur puis un fédérateur sur le problème de l'antisémitisme et du Proche-Orient. Le socialisme français doit prendre en considération que le monde change et qu'il lui faut s'adapter aux problèmes sans verser dans le populisme. Quel message, l'homme de gauche que vous êtes, a-t-il à transmettre à ses camarades français à la veille de leur congrès ? Je suis et reste un homme de gauche. Je me pose donc la question de l'avenir. Toutes les gauches du monde ont le devoir de se poser cette question. Amis socialistes français, veillez à l'intégration des minorités, diminuez les écarts sociaux. En France comme en Israël les problèmes sont les mêmes. Comment créer une société pluraliste où la richesse sera équitablement partagée? La gauche française doit réfléchir à son avenir et il n'y a pas de réponse facile. Mais au-delà de tout, elle doit rester fidèle aux valeurs de la Gauche et les adapter aux réalités de la vie. Construisez cette société équilibrée et juste en prenant en considération la réalité monde. François Zimeray Vice-Président du CLB Président de la Communauté de l'agglomération de Rouen |